Thanksgiving est une fête à date mobile, célébrée chaque année aux États-Unis le quatrième jeudi de novembre. Cette tradition, profondément ancrée dans la culture américaine, est une occasion de gratitude et de rassemblement familial.
Lors de cette journée spéciale, les familles se réunissent pour partager un repas autour d'une dinde rôtie, accompagnée de purée de pommes de terre, de sauce aux cranberries et de tarte à la citrouille. C'est aussi un moment marqué par des parades spectaculaires, comme la célèbre Macy's Thanksgiving Day Parade à New York.
En 2025, Thanksgiving aura lieu le jeudi 27 novembre.
Retour en 1620. Les Pères pèlerins débarquent à bord du Mayflower dans la baie de Plymouth, au Massachusetts, pour y fonder une colonie. Tout ne se passe pas comme prévu pour les dissidents puritains et la moitié de l’effectif est décimée par le scorbut, conséquence de la famine. Les survivants ne doivent leur salut qu’aux Amérindiens. Les Wampanoags proposent de les nourrir, de leur apprendre à pêcher et à chasser ainsi qu’à cultiver le maïs. Un an plus tard, un festin est organisé pour fêter la récolte, louer le Seigneur et remercier les sauveurs. Au menu, des cerfs, des canards, du poisson et donc des dindes, que l’histoire retiendra bien plus tard comme le met traditionnel.
Fête fédérale en 1863
Comme l’indique France Culture, la fête, qui a existé de façon disparate selon les états, ne s’est pas imposée tout de suite. Ce n’est qu’en 1863 que le président Abraham Lincoln la proclame fête fédérale. « Nous sommes en pleine guerre de Sécession, c’est pour invoquer l’aide de la Providence et du Seigneur, pour qu’il permette aux Américains de sortir de cette crise, parce que c’est un moment d’intenses souffrances : la guerre de Sécession, c’est effroyable, avec 600 000 morts », contextualise Bertrand Van Ruymbeke, professeur de civilisation et d’histoire américaine à l’Université Paris 8, au micro de la radio publique.
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« La célébration du génocide »
Le récit du repas de l’entente entre les peuples, tel qui est relayé par le musée des pèlerins de Plymouth, est cependant contesté. Des historiens mettent en avant une autre origine. Les premières festivités se seraient tenues pour célébrer la victoire sur les Pequots, des Indiens qui ont été exterminés par les colons. Quoi qu’il en soit, la version retenue occulte la suite de l’histoire. L’entente entre les nouveaux arrivants et les populations indigènes n’a pas duré et ces derniers en ont payé le prix fort.
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C’est pourquoi, au sein des communautés amérindiennes, des voix s’élèvent pour le rappeler. « Il y a quelques années, j’ai décidé que je ne pouvais plus célébrer Thanksgiving, car c’est une fête qui trouve ses racines dans la suprématie blanche et la célébration du génocide », justifie par exemple le militant Mark Charles, candidat indépendant à la présidence des États-Unis en 2020, dans une vidéo postée sur YouTube. « Comme Thanksgiving était une tradition familiale, je n’avais jamais réfléchi à son ironie : un peuple autochtone célébrant en quelque sorte l’histoire de ses propres souffrances », écrit encore Christian Allaire, dans Vogue magazine.
La contestation s’étend
Dans un texte publié en 2022, l’éditorialiste du Pennsylvania Capital-Star, Michael Coard, invite notamment les Afro-américains, eux aussi victimes du racisme, à ne pas participer. Il rappelle les moments les plus sanglants de la naissance des États-Unis, comme le massacre de Gnadenhutten, en 1782. Lors de cet épisode, des miliciens de Pennsylvanie ont assassiné 96 hommes, femmes et enfants innocents dans l’Ohio, pendant la guerre d’indépendance, « parce que ces victimes étaient des pacifistes qui ne prenaient parti ni pour la Grande-Bretagne ni pour l’Amérique », écrit-il, évoquant aussi l’usage des maladies pour éradiquer les locaux.
Et la contestation ne se limite pas aux minorités. Dans les milieux progressistes, des descendants de colons boycottent également Thanksgiving. Le professeur Robert Jensen, de l’Université du Texas, à Austin, a suggéré dans une tribune que Thanksgiving soit remplacé par une « Journée nationale d’expiation accompagnée d’un jeûne collectif introspectif »,relaie The Independant. Le mouvement reste cependant difficile à quantifier et, ce jeudi 27 novembre, des millions d’Américains devraient tout de même honorer la tradition, au grand dam de la dinde.